Philippe Lacour

Les sciences humaines et sociales sont-elles des
sciences ? Si l’on prend leur prétention au sérieux, comment rendre compte de leurs gestes de connaissance effectifs sans préjuger de leur rationalité par des exigences a priori ? Peut-on en faire l’épistémologie de façon immanente, en suivant attentivement leurs opérations, et en valorisant la rigueur de leurs résultats ? Peut-on les accepter au sein de la rationalité scientifique, même si leurs méthodes sont différentes des disciplines plus exactes ? C’est à ces questions que Jean-Claude Passeron a cherché à répondre avec précision, fort de sa pratique de sociologue et de sa réflexion de théoricien obstiné. Ce livre constitue la première tentative de synthèse de son œuvre épistémologique, qui s’étend sur plus d’un demi-siècle. Le débat sur la nature « wébérienne » (« non-poppérienne ») ou non de l’espace des sciences humaines et sociales fait l’objet d’un arbitrage, à la faveur d’une reconstitution minutieuse du point de vue de Passeron, par-delà ses ambiguïtés. Apparaît ainsi la figure inédite d’une raison
« au singulier », capable, certes, de généralisation, mais toujours soucieuse de connaître les singularités culturelles dans la contingence de leur apparition et la richesse de leur contexte historique.

Sommaire

Introduction : le problème clinique

Intersections
Un savoir empirique et critique

Convergences
Qu’est-ce qu’un espace « poppérien » du raisonnement ?
Les arguments de Passeron (formalisation, expérimentation, testabilité)
La rectification de Boyer

La cohérence de la logique de la situation
Le soubassement problématologique de la logique situationnelle
La métaphore du jeu et la question du principe de rationalité
Méthode zéro et logique situationnelle : la rationalité imparfaite
La question des institutions comme problème central de la logique situationnelle
L’idée d’une approche scientifique de l’histoire
Le refus de l’historicisme

La rigueur de la logique naturelle
La sémantique naturelle
La contrainte déictique : les concepts typologiques
comme semi noms propres
La réhabilitation logique de l’exemplification
L’enquête comme mode interprétatif de transformation de l’information empirique
Interprétation, preuve et véridicité comparative
L’exténuation sémantique des métaphores comme technique
de falsification
Conclusion : convergence entre testabilité faible et contraintes
de la logique naturelle

Dialectique
La dimension symbolique du raisonnement naturel
L’argument de la différence ontologique
La reformulation symbolique de l’argument
de la complexité contextuelle
La reconsidération symbolique du problème de la théorie
La dialectique comprendre-expliquer

Conclusion : casuistique
Bibliographie
Index des noms propres
Index des concepts



2020 – 226 pages – Format : 15 x 21 cm
isbn : 978-2-84016-348-0 – Prix : 13 €
Langue : français